Publié le 11 mars 2024

Contrairement à ce que pensent beaucoup de bons skieurs, la clé de la freerando n’est pas la performance à la descente, mais un changement radical de mentalité pour adopter une culture du risque.

  • La sécurité active (planification, timing, lecture du terrain) prime toujours sur la sécurité passive (posséder le matériel).
  • Utiliser les remontées mécaniques est une stratégie intelligente, pas de la triche, pour se concentrer sur la qualité et la sécurité des descentes.

Recommandation : Avant de vous lancer, votre priorité absolue doit être de désapprendre vos automatismes de skieur de piste et d’intégrer que le renoncement est la plus grande compétence du montagnard.

Cette trace parfaite, juste là, à quelques mètres des jalons de la piste. La neige semble légère, le silence vous appelle. Pour vous, bon skieur alpin, l’envie de basculer de l’autre côté de la corde est de plus en plus forte. C’est le début de l’attrait pour la freerando, cette pratique hybride qui promet la liberté du ski de randonnée avec l’adrénaline du freeride. Beaucoup pensent qu’il suffit d’être un excellent skieur et d’investir dans le triptyque DVA-pelle-sonde pour que l’aventure commence. C’est une erreur potentiellement fatale.

La transition de la piste balisée à la montagne ouverte n’est pas une simple question d’équipement ou de technique de glisse. C’est un changement de paradigme complet. Les automatismes et la culture de la performance acquis en station deviennent vos pires ennemis en milieu non sécurisé. Le vrai danger n’est pas tant la pente que votre propre cerveau, conditionné à suivre les autres, à ignorer le temps qui passe et à ne voir que la plus belle ligne. La sécurité en freerando est avant tout un état d’esprit, une culture de l’humilité face à la montagne.

Mais alors, comment opérer cette transformation ? La véritable clé n’est pas de skier plus vite ou plus fort, mais de penser différemment. Il s’agit d’apprendre à anticiper, à gérer son effort stratégiquement et, surtout, à maîtriser l’art du renoncement. Cet article n’est pas une simple liste de matériel. C’est un guide initiatique pour vous aider à déconstruire vos réflexes de pistard et à adopter la mentalité qui vous permettra de goûter à la liberté du hors-piste, en toute sécurité, saison après saison.

Pour vous accompagner dans cette transition essentielle, nous aborderons les aspects fondamentaux de la pratique de la freerando. De la philosophie de l’approche à la gestion du matériel et du timing, en passant par les techniques de secours qui sauvent des vies, ce guide est conçu pour vous donner les bases d’une pratique responsable.

Pourquoi utiliser les remontées mécaniques pour l’approche est l’essence de la freerando ?

Pour un puriste du ski de randonnée, l’effort de la montée est au cœur de l’expérience. Mais pour le skieur alpin qui transitionne vers la freerando, la philosophie est différente. L’objectif premier est le plaisir de la descente en neige fraîche, loin de la foule. Dans cette optique, les remontées mécaniques ne sont pas un signe de paresse, mais un outil stratégique redoutablement efficace. Elles permettent de s’économiser sur les longues approches sans intérêt et de concentrer son énergie là où elle est la plus précieuse : sur les courtes montées finales en peaux de phoque et, surtout, pour la descente qui exige lucidité et contrôle.

Adopter cette approche, c’est comprendre que la freerando est une fusion intelligente entre le freeride et la randonnée. On utilise l’infrastructure des stations pour accéder rapidement à des zones de haute altitude et à des versants prometteurs. De là, une courte marche d’approche permet d’atteindre des combes vierges et des itinéraires inaccessibles directement depuis les pistes. Cette pratique maximise le ratio plaisir/effort et correspond parfaitement à l’état d’esprit du skieur en quête de liberté sans pour autant vouloir s’engager dans des expéditions de plusieurs heures.

C’est une manière d’optimiser sa journée en montagne. En utilisant les remontées, on peut enchaîner plusieurs descentes de qualité dans des conditions de neige optimales, au lieu de consacrer toute sa journée à une seule et longue ascension. Pour le débutant, c’est aussi un gage de sécurité : cela permet de rester à proximité relative du domaine skiable, une zone de repli connue en cas de changement météo ou de fatigue. La freerando, c’est l’art de jouer avec le terrain, et les remontées font partie de l’échiquier.

Comment mettre et enlever ses peaux de phoque dans le vent sans qu’elles s’envolent ?

La manipulation des peaux de phoque est l’un des premiers gestes techniques qui distingue le randonneur du skieur alpin. Si l’opération semble simple par temps calme, elle peut vite tourner au cauchemar lorsque le vent s’en mêle au sommet d’une crête. Une peau qui s’envole, se colle sur elle-même ou se remplit de neige devient inutilisable et peut compromettre toute la sortie. La maîtrise de ce geste demande méthode, calme et anticipation, des qualités fondamentales en montagne.

La technique la plus efficace consiste à utiliser son propre corps et ses skis comme un paravent naturel. Avant toute chose, trouvez une zone la plus plate et abritée possible. Ensuite, plantez vos skis à la verticale dans la neige, proches l’un de l’autre, pour créer une première barrière. Positionnez-vous dos au vent, les jambes légèrement fléchies pour être stable. Le ski dont vous allez enlever ou mettre la peau doit être solidement posé sur vos cuisses ou entre vos genoux. Cette position protège la peau et vos mains des rafales.

Pour le pliage, la méthode dite « en portefeuille » est la plus sûre. Décollez la peau depuis le talon du ski et pliez-la immédiatement en deux, surface collante contre surface collante, sur une première moitié. Continuez de décoller et repliez la seconde moitié sur la première. Vous obtenez un « paquet » compact et protégé, bien moins susceptible d’être arraché par le vent. Pour la mise en place, le processus est inverse : ne dépliez que la partie nécessaire pour l’accrocher à la spatule, puis déroulez le reste progressivement le long du ski en lissant avec la main pour chasser l’air.

Skieur utilisant son corps comme paravent pour manipuler ses peaux de phoque

Ce savoir-faire peut sembler anecdotique, mais il est révélateur de la mentalité freerando. Il ne s’agit pas de se battre contre les éléments, mais de composer avec eux grâce à des gestes méthodiques et réfléchis. S’entraîner à ces manipulations dans son jardin ou par conditions faciles vous fera gagner un temps précieux et évitera beaucoup de stress lorsque les conditions se durciront.

Légèreté à la montée ou sécurité à la descente : quel matériel choisir ?

C’est le dilemme fondateur de tout freerandonneur. Faut-il privilégier un équipement ultraléger pour « avaler » le dénivelé à la montée, au risque de compromettre la skiabilité et la sécurité à la descente ? Ou au contraire, opter pour un matériel plus lourd, proche du ski alpin, qui offre performance et fiabilité en descente mais transforme chaque montée en épreuve physique ? Pour le skieur alpin qui débute en freerando, la réponse doit être guidée par la prudence et le plaisir.

L’erreur classique est de se laisser séduire par le chant des sirènes de la légèreté. Un matériel de compétition est certes impressionnant sur la balance, mais il est souvent exigeant, fragile et peu tolérant à la descente, surtout dans des neiges difficiles ou trafollées. Pour un débutant, cela se traduit par une perte de confiance et de plaisir. Il est donc plus judicieux de commencer avec des skis dits polyvalents. Ces skis sont conçus pour offrir un bon compromis : ils restent suffisamment légers pour ne pas rendre la montée pénible, tout en étant assez larges et rigides pour garantir une excellente stabilité et un vrai plaisir de glisse à la descente.

Ce compromis est particulièrement visible au niveau des fixations, le cœur du système. Les fixations « low tech » pures sont très légères mais offrent moins de sécurité au déclenchement qu’une fixation alpine. À l’inverse, les fixations de freeride pur sont très sûres mais pèsent une tonne. La solution réside dans les fixations hybrides (ou de « freerando »), qui combinent le meilleur des deux mondes : un système à inserts pour une montée efficace et une talonnière ou une butée qui se transforme pour offrir une sécurité et une transmission des appuis dignes d’une fixation alpine à la descente.

Le tableau suivant illustre bien les différents compromis existants sur le marché des fixations.

Comparaison des fixations pour débutants en freerando
Type de fixation Poids (g) DIN max Usage recommandé
Salomon Shift 885 16 Freerando orienté descente
Fixation Low Tech classique 370 12 Randonnée journée
Fixation hybride Duke PT 1050 16 Grosses sessions freeride

Choisir son matériel, c’est faire son premier « renoncement ». En tant que débutant, renoncez à la quête du gramme et privilégiez un ensemble cohérent qui vous mettra en confiance. Votre priorité est de profiter de vos descentes en toute sécurité, pas de gagner une course à la montée.

L’erreur de partir trop tard et de se retrouver de nuit dans une zone inconnue

En station, l’heure est une contrainte relative. Au pire, on manque la dernière benne et on descend par une piste damée, éclairée par les lumières de la vallée. En freerando, le temps n’est plus un allié, c’est un paramètre critique de votre sécurité. L’erreur la plus commune, et l’une des plus dangereuses, est de sous-estimer la durée de la sortie et de se laisser surprendre par la tombée de la nuit ou la fermeture des remontées qui permettent le retour.

Partir trop tard, c’est s’exposer à une série de risques en cascade. La visibilité diminue, rendant la lecture du terrain et l’orientation quasi impossibles. Le froid s’intensifie, augmentant le risque d’hypothermie et drainant votre énergie. La neige, souvent transformée et ramollie par le soleil de l’après-midi, peut regelée et devenir une glace piégeuse. Skier dans ces conditions dans une zone inconnue, sans le balisage rassurant des pistes, est le scénario parfait pour l’accident. La fatigue et le stress aidant, une simple erreur de navigation peut vous mener dans une impasse, comme une barre rocheuse invisible dans l’obscurité.

La culture du renoncement s’applique aussi au temps. Il faut savoir dire non à « cette dernière petite montée » qui vous semble si tentante. La seule parade efficace est une planification rigoureuse et sans concession avant même de chausser les skis. Cela passe par l’adoption de la « planification inversée ».

Groupe de skieurs descendant une pente au coucher du soleil en freerando

Cette méthode consiste à ne pas se demander « à quelle heure on part ? », mais « à quelle heure devons-nous impérativement être de retour ? ». En définissant une heure butoir non négociable, vous pouvez construire votre itinéraire à rebours et vous assurer une marge de sécurité suffisante. L’anticipation est votre meilleure assurance-vie.

Votre plan d’action pour une planification inversée

  1. Déterminer l’heure de retour impérative : heure de fermeture des remontées ou une heure avant le coucher du soleil.
  2. Calculer et soustraire le temps total de descente : estimez-le largement et multipliez-le par 1,5 pour intégrer les imprévus.
  3. Définir une heure de demi-tour (turn-around time) : c’est l’heure à laquelle vous devez faire demi-tour, où que vous soyez, pour respecter le timing.
  4. Programmer une alarme : une alarme sur votre montre ou téléphone qui sonne à l’heure de demi-tour. Elle est non-négociable.
  5. Anticiper les aléas : prenez en compte la dégradation possible des conditions (météo, neige) au fil de la journée dans votre calcul.

Que mettre dans son sac (et quoi laisser) pour ne pas être déséquilibré en skiant ?

Le sac à dos du freerandonneur est bien plus qu’un simple contenant. C’est votre ligne de vie. Il contient le matériel qui peut vous sauver ou sauver vos compagnons, mais il peut aussi devenir un handicap s’il est mal pensé. Un sac trop lourd ou mal équilibré affecte votre centre de gravité, nuit à votre technique de ski, vous fatigue prématurément et peut même provoquer une chute. La question n’est donc pas seulement *quoi* emporter, mais *comment* l’organiser pour qu’il se fasse oublier à la descente tout en restant parfaitement fonctionnel.

Le principe de base est la priorisation par scénario d’usage. Le matériel ne se range pas en vrac, mais selon sa probabilité et son urgence d’utilisation.

  • Le kit de sécurité avalanche : Il doit être accessible en quelques secondes, sans même avoir à réfléchir. La pelle et la sonde doivent être dans un compartiment dédié et facilement accessible sur le devant du sac. Le DVA, lui, ne se met pas dans le sac : il se porte sur soi, dans son harnais, sous la dernière couche de vêtement, pour ne jamais être séparé de vous en cas d’avalanche.
  • Le matériel « confort rapide » : Une doudoune légère, un masque de rechange, un bonnet ou une paire de gants secs doivent être placés dans une poche externe ou tout en haut du compartiment principal. Ce sont les éléments que vous sortirez lors d’une courte pause au sommet ou si le temps se couvre.
  • Le fond de sac « au cas où » : C’est le matériel que vous espérez ne jamais utiliser, mais qui est vital s’il le faut. Il comprend une petite trousse de premiers secours, une couverture de survie, un couteau, un kit de réparation minimaliste et des barres énergétiques supplémentaires. Ces éléments, plus denses, se placent au fond et au plus près du dos pour stabiliser le sac.

L’optimisation du poids est également cruciale. Chaque gramme compte. Privilégiez les solutions légères et polyvalentes : des flasques souples qui se compressent une fois vides plutôt qu’un thermos lourd, une veste Gore-Tex qui fait office de coupe-vent et de protection contre les intempéries plutôt que deux couches distinctes, ou encore un système de filtration d’eau si des points d’eau sont disponibles sur l’itinéraire, ce qui évite de porter plusieurs litres. Avant de partir, mettez votre sac sur le dos, sautez sur place, faites quelques flexions. Si vous sentez un balancement important, c’est que le poids est mal réparti.

« Bordures » sécurisées ou vallons sauvages : où s’initier sans risque d’avalanche ?

Le choix du terrain est sans doute la décision la plus importante pour un débutant en freerando. L’attrait pour les grands vallons vierges est immense, mais ces terrains ouverts sont aussi les plus exposés au risque d’avalanche. L’initiation doit se faire de manière progressive, en privilégiant des zones qui minimisent naturellement ce risque. Le premier réflexe à acquérir est de devenir un obsédé de l’inclinaison de la pente.

La physique est formelle : la grande majorité des avalanches de plaque se déclenche dans des pentes dont l’inclinaison est comprise entre 30° et 45°. En dessous de 30°, le manteau neigeux est généralement trop peu pentu pour glisser. C’est une règle d’or pour débuter : tant que vous n’êtes pas formé à l’analyse du manteau neigeux, tenez-vous-en à des terrains dont l’inclinaison maximale ne dépasse pas ce seuil critique. Des outils comme les applications FatMap ou le portail Géoportail permettent d’afficher les couches d’inclinaison sur une carte et d’identifier ces zones de moindre risque depuis chez vous.

Au-delà de la pente, il faut apprendre à identifier les « pièges de terrain » : ce sont des configurations topographiques qui augmentent la dangerosité d’une avalanche. Les couloirs étroits, les ruptures de pente convexes (qui mettent le manteau neigeux en tension) ou les grandes cuvettes sont à proscrire, car même une petite avalanche peut y accumuler une hauteur de neige considérable. À l’inverse, les forêts suffisamment denses (où l’on peine à skier) ou les crêtes et les zones de faible pente agissent comme des « îles de sécurité ». Il faut apprendre à naviguer de l’une à l’autre.

Étude de cas : Le piège psychologique des traces existantes

L’une des erreurs les plus dangereuses pour un débutant est de suivre aveuglément des traces existantes. Ce comportement, lié au biais cognitif de « preuve sociale », procure un faux sentiment de sécurité. On se dit : « Si d’autres sont passés, c’est que c’est sûr ». Or, rien n’est plus faux. Le passage d’un groupe ne garantit en rien la stabilité de la pente. Pire, leur passage a pu fragiliser le manteau neigeux, et vous pourriez être celui qui déclenche la plaque. De plus, les conditions météo (vent, réchauffement) peuvent avoir radicalement changé en quelques dizaines de minutes, rendant instable une pente qui ne l’était pas une heure auparavant. Apprenez à faire vos propres choix et à ne jamais déléguer votre sécurité à des inconnus.

Enfin, même si sous 30° d’inclinaison, le risque de déclenchement est faible, il ne faut jamais oublier qu’une avalanche peut se déclencher bien au-dessus de vous. Il est donc essentiel d’apprendre à évaluer non seulement la pente sur laquelle on se trouve, mais aussi celles qui nous dominent. Choisir un itinéraire d’initiation, c’est choisir un itinéraire où l’on contrôle un maximum de paramètres.

Comment utiliser son DVA en mode recherche pour localiser le signal au mètre près ?

Posséder un Détecteur de Victimes d’Avalanche (DVA) est le prérequis de base. Savoir s’en servir sous le stress d’un accident réel est une tout autre affaire. La recherche d’une victime est une course contre la montre où chaque seconde compte. La procédure doit être un automatisme, et cela commence par la maîtrise de la phase de recherche fine, celle qui vous amène de la première détection du signal à la localisation précise au mètre près.

Une fois le premier signal capté par votre DVA, la panique peut s’installer. Il faut rester méthodique. Suivez la direction et la flèche de distance indiquées par l’appareil en vous déplaçant rapidement mais sans courir. Lorsque la distance affichée passe sous la barre des 10 mètres, ralentissez et baissez votre DVA au ras de la surface de la neige. C’est à ce moment que la technique de recherche en croix (ou bracketing) devient essentielle. Le but n’est plus de suivre la flèche, mais de trouver le point où la valeur de distance est la plus faible.

Pour cela, avancez en ligne droite jusqu’à ce que la valeur de distance se remette à augmenter. Marquez ce point, revenez sur vos pas jusqu’au point où la valeur était minimale, puis effectuez une recherche perpendiculaire (formant une croix) jusqu’à trouver, de nouveau, la valeur la plus faible. C’est à cet endroit précis que la victime se trouve. Pendant cette phase, il est crucial de ne pas avoir les yeux rivés sur l’écran, mais de se concentrer sur la zone et de se fier également à l’indication sonore, qui devient plus aiguë et rapide à mesure que l’on s’approche. Pour éviter les interférences, tous les appareils électroniques (téléphones, radios) des sauveteurs doivent être éteints.

Cependant, le DVA a une limite : il indique la position de la victime sur un plan horizontal, mais pas sa profondeur. C’est là que la sonde entre en jeu. Une fois le point de distance minimal trouvé avec le DVA, il ne faut pas commencer à pelleter au hasard. Il faut sonder méthodiquement en spirale autour de ce point jusqu’à sentir le contact avec la victime. C’est ce contact qui confirme la localisation exacte et donne l’information vitale de la profondeur à laquelle il faudra creuser. Sans un sondage efficace, de précieuses minutes peuvent être perdues à creuser au mauvais endroit.

À retenir

  • La transition vers la freerando est moins une question de technique de ski que d’un changement radical de mentalité, centré sur la culture du risque et du renoncement.
  • La sécurité active (planification, gestion du temps, lecture du terrain) est bien plus importante que la sécurité passive (le simple fait de posséder le matériel de sécurité).
  • La formation pratique régulière est la seule manière de transformer les connaissances théoriques en réflexes efficaces en situation de stress.

DVA, pelle, sonde : pourquoi les avoir dans le sac ne suffit pas à vous sauver ?

C’est peut-être la leçon la plus importante et la plus contre-intuitive pour le skieur qui s’équipe pour la première fois. Acheter le triptyque de sécurité DVA-pelle-sonde est un acte indispensable, mais il peut aussi engendrer un faux sentiment de sécurité, que l’on nomme le « syndrome du matériel ». Posséder l’équipement ne vous protège pas des avalanches. Au mieux, il donne à vos compagnons une chance de vous retrouver. Mais cette chance est incroyablement mince et dépend de deux facteurs critiques : le temps et la compétence.

Le temps est votre pire ennemi. Les données de survie en avalanche sont glaçantes : environ 90% des victimes sont encore en vie dans les 15 premières minutes suivant l’ensevelissement. Passé ce quart d’heure critique, le taux de survie chute de manière vertigineuse, principalement à cause de l’asphyxie. Cela signifie que les secours organisés arriveront presque toujours trop tard. Votre seule chance de survie repose sur la rapidité et l’efficacité de vos compagnons de sortie. Si eux-mêmes ne sont pas parfaitement entraînés aux techniques de recherche et de pelletage, votre DVA ne sera qu’un gadget inutile.

La compétence est le deuxième pilier. Avoir le matériel, c’est une chose. Savoir l’utiliser sous l’effet de l’adrénaline et du choc d’un accident en est une autre. Retrouver une victime et la dégager en moins de 15 minutes demande une coordination parfaite et des gestes répétés des centaines de fois à l’entraînement : recherche DVA, sondage, et surtout, une technique de pelletage stratégique (en « V ») pour évacuer des tonnes de neige en un temps record. Sans cet entraînement régulier, le plus beau des DVA ne vous sauvera pas.

Voilà pourquoi la véritable sécurité ne réside pas dans le matériel que vous portez, mais dans la culture que vous développez : une culture de la prévention, de l’analyse et du renoncement. Le meilleur moyen de survivre à une avalanche est de ne jamais se retrouver dedans. Cela passe par la formation, l’humilité et la capacité à dire « non, aujourd’hui les conditions ne sont pas bonnes, on fait demi-tour ». Votre vie a plus de valeur que la plus belle des pentes de poudreuse.

Comprendre les limites de votre équipement est la première étape vers une pratique réellement sécuritaire. Pour intégrer cette philosophie, il est essentiel de se souvenir des raisons pour lesquelles le matériel seul est insuffisant.

Pour que votre prochaine sortie soit synonyme de liberté et non de risque, l’étape suivante consiste à vous inscrire à une formation pratique sur le terrain pour maîtriser ces gestes vitaux et développer votre culture du risque auprès de professionnels.

Rédigé par Sébastien Faure, Guide de Haute Montagne et ancien Pisteur-Secouriste. Avec 20 ans de pratique sur le terrain, il est l'autorité technique sur la sécurité hors-piste, la nivologie et la gestion des risques en milieu alpin.